*Cet article fait partie de la série « Thérapie, résilience et liens », publiée sur le blog de Solstice Psychologues. Une version courte en anglais est disponible sur Psychology Today.*
Marc a 41 ans. Ingénieur, père de deux enfants, divorcé depuis un an. Après des mois d’insomnie et de ruminations, il a fini par prendre rendez-vous chez une psychologue. Elle était compétente, recommandée par son médecin. Mais au bout de six séances, Marc a arrêté — non pas parce que la thérapie ne fonctionnait pas techniquement, mais parce que les exercices proposés ne correspondaient pas à ce dont il avait besoin à ce moment-là : il cherchait à retrouver du sens, pas seulement à gérer ses symptômes
Trois mois plus tard, Marc a recommencé avec un autre psychologue. Dès la première séance, Marc a senti que cette personne l’aidait à identifier ce qui était vraiment essentiel pour lui et à construire la direction dans laquelle il voulait avancer. Le thérapeute s’est montré attentif aux besoins de Marc : il évaluait régulièrement les progrès à l’aide de questionnaires courts et ajustait son approche en conséquence, en lui demandant si la thérapie l’aidait à avancer dans une direction qui avait du sens pour lui. C’est cette flexibilité et cette attention à la personne — plus que l’approche utilisée — qui ont fait la différence.
Ce n’est pas un conte de fées thérapeutique. C’est une illustration de ce que la recherche en psychothérapie montre depuis des décennies : la relation entre le patient et le thérapeute n’est pas un simple décor de la thérapie. C’est l’un de ses principaux moteurs de changement. Dans notre premier article, nous avons abordé l’alliance thérapeutique comme un critère de choix lors de la recherche d’un·e thérapeute. Ici, nous voulons aller plus loin : comprendre ce qu’est réellement cette alliance, pourquoi elle fonctionne, comment elle se construit — et ce qui se passe quand elle se fissure.
Idée reçue : « la thérapie, c’est juste parler »
C’est probablement le malentendu le plus répandu sur la psychothérapie. L’idée que la thérapie se réduit à « parler de ses problèmes » — et que si l’on peut en parler à un ami, à sa sœur, ou à un journal intime, on n’a pas vraiment besoin d’un professionnel.
Cette idée est compréhensible. Et elle est fausse.
Ce qui se passe dans une bonne thérapie n’est pas une conversation ordinaire. C’est une expérience relationnelle structurée — avec un cadre précis, un objectif défini, et un processus actif de régulation émotionnelle qui mobilise des mécanismes que la conversation quotidienne ne peut pas activer de la même manière.
Quand un ami vous écoute, il fait quelque chose d’important : il vous offre du soutien social. Mais un ami réagit aussi avec ses propres émotions, ses propres biais, ses propres besoins relationnels. Il peut se sentir blessé si vous rejetez son conseil. Il peut minimiser votre douleur pour se rassurer. Il peut changer de sujet parce que le vôtre le met mal à l’aise.
Un·e thérapeute formé·e fait quelque chose de qualitativement différent. Il ou elle maintient un espace dans lequel vos émotions peuvent être accueillies sans que l’autre ait besoin de se protéger. C’est ce que les chercheurs appellent un « environnement de sécurité émotionnelle » — un espace où vous pouvez explorer ce qui vous fait souffrir sans craindre les conséquences relationnelles habituelles (jugement, retrait, surprotection, agacement).
Et c’est précisément dans cet espace que quelque chose de nouveau peut se produire.
Ce que l’alliance thérapeutique est — et ce qu’elle n’est pas
Le concept d’alliance thérapeutique a été formalisé par Edward Bordin en 1979. Sa définition, devenue classique, repose sur trois composantes :
- L’accord sur les objectifs — le patient et le thérapeute partagent une vision de ce vers quoi le travail tend. Ce n’est pas le thérapeute qui décide seul de ce qui doit changer. C’est une négociation, parfois implicite, parfois explicite.
- L’accord sur les tâches — les deux parties s’entendent sur le « comment ». Les exercices, les explorations, les techniques utilisées font sens pour le patient, pas seulement pour le thérapeute. Quand Marc remplissait mécaniquement des grilles de pensées sans comprendre pourquoi, l’accord sur les tâches était rompu — même si la technique était pertinente.
- Le lien affectif sécurisant — un sentiment de confiance, de respect mutuel, de collaboration. Ce lien ne se décrète pas. Il se construit, séance après séance, à travers la qualité de la présence, l’empathie, et surtout la capacité du thérapeute à répondre de façon ajustée à ce que le patient traverse.
L’alliance n’est pas la sympathie. On peut trouver son thérapeute sympathique sans que l’alliance soit bonne — si les objectifs sont flous, si les exercices proposés semblent déconnectés, si l’on ne se sent pas compris·e en profondeur. Inversement, un·e thérapeute que l’on trouve un peu direct·e ou déstabilisant·e peut créer une excellente alliance — si l’on sent que cette franchise est au service de notre progression, dans un cadre de respect. L’alliance n’est pas non plus une variable statique. Elle fluctue. Elle se construit, elle se fissure, elle se répare. Et c’est justement dans cette dynamique que réside une grande partie de son pouvoir thérapeutique.
Ce que disent les données : l’alliance comme prédicteur robuste
Les données sur l’alliance thérapeutique sont parmi les plus solides de toute la psychologie clinique. Une synthèse de 295 études indépendantes, regroupant plus de 30 000 patients, montre que la qualité de la relation entre patient et thérapeute prédit les résultats de manière consistante et substantielle — comparable, voire supérieure, à l’effet de bien des traitements médicaux courants (Flückiger et al., 2018). Et cet effet apparaît quels que soient le trouble traité, l’approche utilisée, ou la culture du patient.
Pour donner un ordre de grandeur : C’est comparable, voire supérieur, à l’effet de bien des interventions médicales courantes. Et surtout, cet effet est remarquablement stable : il apparaît quels que soient le trouble traité, l’approche thérapeutique utilisée, la culture du patient, ou la méthode de mesure employée.
Quelques résultats complémentaires renforcent ce tableau :
- L’empathie ressentie, pas seulement affichée. Ce n’est pas ce que le thérapeute pense faire qui compte — c’est ce que le patient ressent réellement. Quand les patients perçoivent que leur thérapeute les comprend vraiment, les résultats s’améliorent de manière substantielle. Un thérapeute convaincu d’être empathique, mais dont les patients ne le ressentent pas, n’obtient pas les mêmes effets (Elliott et al., 2018).
- Travailler dans la même direction. Si vous ne comprenez pas pourquoi vous faites tel exercice, ou si les objectifs de la thérapie semblent flous ou imposés, quelque chose d’important est absent. Les recherches montrent que le simple fait de partager une vision commune — « voilà ce qu’on cherche à changer, et voilà comment on va s’y prendre » — prédit déjà une partie significative des résultats (Tryon et al., 2018).
- Se sentir accepté sans conditions. Il s’agit du sentiment que votre thérapeute ne vous juge pas — que vous pouvez dire quelque chose de honteux, d’irrationnel, ou de contradictoire, et que l’autre ne se retire pas, ne minimise pas, ne corrige pas immédiatement. Ce sentiment d’acceptation fondamentale n’est pas un luxe thérapeutique : c’est un prédicteur actif de changement (Farber et al., 2018).
Pourquoi la relation change quelque chose : les mécanismes
La question scientifique la plus importante n’est pas seulement « est-ce que l’alliance prédit les résultats ? » mais « pourquoi ? » Quels sont les mécanismes par lesquels une bonne relation thérapeutique produit du changement ? La recherche identifie plusieurs voies, qui ne s’excluent pas mutuellement :
La sécurité émotionnelle permet l’exploration
C’est l’hypothèse la plus ancienne, enracinée dans la théorie de l’attachement de John Bowlby. L’idée est simple mais puissante : pour explorer des émotions douloureuses, des souvenirs difficiles, ou des schémas relationnels problématiques, nous avons besoin d’un sentiment de sécurité. Le thérapeute fonctionne comme une « base de sécurité » temporaire — un point d’ancrage qui permet au patient de s’aventurer dans un territoire émotionnel qu’il évite habituellement.
Cela n’est pas une métaphore vague. Les recherches en neurosciences affectives montrent que la présence d’une figure perçue comme sûre modifie le traitement de la menace au niveau cérébral. L’étude fondatrice de Coan, Schaefer et Davidson (2006) a montré que le fait de tenir la main de son conjoint pendant une situation menaçante réduisait significativement l’activation des régions cérébrales liées à la réponse au stress — y compris des zones impliquées dans la régulation émotionnelle et la détection de la menace. En d’autres termes, la présence d’une figure de sécurité diminue la nécessité pour le cerveau de mobiliser ses défenses, ce qui permet un traitement plus serein des expériences difficiles.
L’expérience relationnelle corrective
Beaucoup de problèmes psychologiques impliquent des schémas relationnels appris : « Si je montre ma vulnérabilité, on me rejettera. » « Si je dis ce que je pense, on se mettra en colère. » « Je ne suis pas digne d’être écouté. » Ces croyances ne se corrigent pas facilement par la pensée seule. Elles se corrigent par l’expérience.
Quand Marc dit « ça va, je gère » et que le thérapeute ne se contente pas de cette réponse mais va chercher ce qui se cache en dessous — sans juger, sans envahir, sans se retirer — Marc vit une expérience qui contredit directement son schéma habituel (« personne ne veut vraiment savoir »). C’est ce qu’Alexander et French (1946) appelaient une « expérience émotionnelle corrective » — un moment où la réalité relationnelle vécue dans la thérapie contredit les attentes relationnelles rigides du patient.
La recherche contemporaine confirme ce mécanisme. Les travaux sur les « moments de changement » en thérapie montrent que les tournants significatifs du processus thérapeutique surviennent souvent lors d’interactions relationnelles marquantes — pas nécessairement quand une technique est appliquée, mais quand quelque chose de nouveau se produit dans l’interaction entre le patient et le thérapeute (voir notamment Castonguay & Hill, 2017, pour une synthèse sur les facteurs qui distinguent les thérapeutes les plus efficaces).
L’engagement dans le traitement
Un mécanisme plus pragmatique, mais tout aussi important : une bonne alliance favorise l’engagement. Les patient·e·s qui se sentent compris·e·s et respecté·e·s sont plus susceptibles de revenir aux séances, de faire les exercices proposés, et de s’investir activement dans le processus. C’est un cercle vertueux : la relation soutient l’engagement, l’engagement rend les techniques plus efficaces, et les progrès renforcent la relation. À l’inverse, un cercle vicieux existe aussi : une alliance faible produit du désengagement, le désengagement réduit l’efficacité des techniques, et l’absence de progrès fragilise encore davantage la relation. C’est souvent ce qui explique les abandons précoces.
Quand l’alliance se fissure : le pouvoir des ruptures et des réparations
Voici peut-être la partie la plus contre-intuitive — et la plus importante — de cet article. Une bonne alliance thérapeutique n’est pas une alliance sans accroc. C’est une alliance qui sait traverser les accrocs. Jeremy Safran et Christopher Muran ont consacré des décennies de recherche à ce qu’ils appellent les « ruptures d’alliance » — ces moments où la relation thérapeutique se tend, où le patient se sent incompris, agacé, blessé, ou distant (Safran & Muran, 2000 ; Eubanks, Muran & Safran, 2018). Leur travail montre que ces ruptures ne sont pas des échecs. Ce sont des opportunités thérapeutiques — à condition qu’elles soient reconnues et réparées.
Deux types de ruptures
Les ruptures de retrait : le patient se désengage subtilement. Il devient plus laconique, évite certains sujets, dit « oui, oui, c’est intéressant » sans conviction, annule des séances. Ce n’est pas de la « résistance » au sens classique — c’est une communication relationnelle : quelque chose dans la relation ne fonctionne pas, mais le patient ne sait pas (ou n’ose pas) le formuler directement.
Les ruptures de confrontation : le patient exprime ouvertement son insatisfaction. « Ce que vous me proposez ne m’aide pas. » « J’ai l’impression que vous ne comprenez pas ce que je vis. » « Je ne suis pas d’accord avec votre interprétation. » Ces moments sont inconfortables, mais ils sont aussi les plus riches potentiellement.
Pourquoi la réparation est utile en thérapie
Ce que la recherche de Safran et Muran montre, c’est que le processus de rupture-réparation est lui-même un agent de changement. Voici pourquoi : Quand un patient ose dire « je me suis senti incompris la dernière fois » et que le thérapeute accueille cette information sans se défendre, sans minimiser, sans retourner la responsabilité — il se passe quelque chose de profondément nouveau pour beaucoup de patients. C’est une démonstration en temps réel que le conflit relationnel n’entraîne pas la destruction du lien. Que l’on peut être en désaccord et rester en relation. Que l’on peut exprimer un besoin et être entendu.
Pour quelqu’un dont l’histoire relationnelle est marquée par le rejet après l’expression de désaccord, ou par l’abandon après l’expression de la vulnérabilité, cette expérience est transformatrice — non pas parce qu’on en « parle », mais parce qu’on la *vit*. La méta-analyse d’Eubanks, Muran et Safran (2018) montre que la résolution réussie des ruptures d’alliance est associée à de meilleurs résultats thérapeutiques. Plus spécifiquement, les thérapeutes qui sont capables de détecter les ruptures (souvent subtiles) et d’y répondre de manière non défensive obtiennent significativement de meilleurs résultats que ceux qui les ignorent ou y réagissent avec rigidité.
Ce que cela implique pour vous
Si, au cours de votre thérapie, vous ressentez un moment de déconnexion — un agacement, une déception, un sentiment de ne pas être compris — ne partez pas en silence. Parlez-en. Dites-le. Un·e bon·ne thérapeute accueillera cette information avec curiosité et ouverture. Il ou elle vous remerciera peut-être même de l’avoir dit.
Si, en revanche, votre thérapeute réagit en étant sur la défensive, minimise votre ressenti, ou retourne la responsabilité (« C’est votre résistance »), cela vous donne une information importante — non seulement sur ce thérapeute, mais sur votre propre capacité à percevoir quand une relation ne fonctionne pas. Cette perception est précieuse. Faites-vous confiance.
L’effet “thérapeute” : pourquoi la personne compte au moins autant que l’approche
Un des résultats les plus robustes — et les plus inconfortables pour la profession — de la recherche en psychothérapie concerne ce qu’on appelle « l’effet thérapeute ». L’idée est simple : quand on analyse les résultats thérapeutiques, une part significative des résultats est liée au thérapeute individuel, et non à l’approche utilisée.
Les méta-analyses les plus récentes estiment que les caractéristiques du thérapeute expliquent environ 3 à 7 % de la variance des résultats, avec une moyenne autour de 5 % (Baldwin & Imel, 2013). Cela peut sembler modeste en chiffres absolus, mais c’est en réalité substantiel : les patients traités par les thérapeutes les plus efficaces ont environ deux fois plus de chances de s’améliorer que ceux traités par les moins efficaces, indépendamment de l’approche thérapeutique pratiquée.
Qu’est-ce qui distingue les « meilleurs » thérapeutes ? La recherche identifie plusieurs caractéristiques convergentes :
- La capacité à former alliance thérapeutique avec des patients variés — pas seulement avec ceux qui sont « faciles » ou motivés. Les thérapeutes les plus efficaces obtiennent de bons résultats avec un éventail large de patients, y compris ceux qui présentent des difficultés relationnelles importantes (Baldwin & Imel, 2013).
- La flexibilité interpersonnelle — la capacité à adapter son style relationnel en fonction de ce dont chaque patient a besoin, plutôt que d’appliquer une approche relationnelle identique à tous. C’est un thème central du travail de Rebecca sur la flexibilité psychologique : la même qualité qui prédit la résilience chez les patients prédit aussi l’efficacité chez les thérapeutes.
- La pratique délibérée— les thérapeutes les plus efficaces continuent à se former, à être supervisés, et à réfléchir activement à leur pratique, plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’expérience accumulée. Les recherches sur la pratique délibérée en psychothérapie (notamment les travaux de Tony Rousmaniere et ses collègues) montrent que l’expérience seule (nombre d’années de pratique) ne prédit pas l’efficacité — c’est l’engagement dans une démarche active d’amélioration qui fait la différence.
- La gestion des ruptures d’alliance— comme nous l’avons vu plus haut, la capacité à détecter et réparer les moments de tension relationnelle est un marqueur important de l’efficacité du thérapeute.
- L’utilisation du feedback systématique — les thérapeutes qui mesurent régulièrement les progrès de leurs patients et ajustent en conséquence obtiennent de meilleurs résultats, en particulier pour les patients qui ne progressent pas comme prévu (de Jong et al., 2021 ; Lambert, 2013). Nous y reviendrons dans un article dédié au suivi des progrès.
Trois nuances importantes
Il est essentiel d’être transparent sur les limites de cette recherche — c’est d’ailleurs ce que nous attendrions d’un·e bon·ne thérapeute.
La direction causale reste débattue. La plupart des études sur l’alliance sont corrélationnelles : elles montrent que les patients qui rapportent une meilleure alliance obtiennent de meilleurs résultats. Mais est-ce l’alliance qui produit les résultats, ou est-ce que les patients qui vont déjà mieux (grâce aux techniques, à d’autres facteurs) perçoivent une meilleure alliance ? Des études utilisant des designs croisés (Falkenström, Granström & Holmqvist, 2013) suggèrent que l’alliance a bien un effet causal, mais l’humilité méthodologique s’impose. Ce que nous pouvons dire de façon certaine, c’est que l’alliance est un indicateur fiable — si elle va mal, quelque chose doit changer.
L’alliance ne suffit pas. Il serait réducteur de conclure que seule la relation compte et que les techniques n’importent pas. Ce n’est pas ce que les données montrent. L’alliance et les techniques interagissent : une bonne alliance rend les techniques plus efficaces, et des techniques bien adaptées renforcent l’alliance. Pour le dire simplement : une alliance sans direction thérapeutique claire risque de se réduire à de la sympathie ; des techniques appliquées sans alliance risquent de se réduire à de la mécanique. C’est l’interaction entre les deux qui produit les meilleurs résultats (Norcross & Lambert, 2019 ; Wampold, 2015).
La variabilité individuelle. L’importance relative de l’alliance varie probablement d’un patient à l’autre. Pour certaines personnes — notamment celles qui ont un historique d’attachement insécure — la qualité de la relation thérapeutique peut être le facteur déterminant. Pour d’autres, les techniques spécifiques (par exemple l’exposition pour une phobie simple) sont plus centrales, et l’alliance joue un rôle facilitateur plutôt que moteur.[11] C’est l’un des thèmes que Hans explore dans ses travaux sur l’hétérogénéité des effets d’intervention : les personnes ne répondent pas de la même manière aux mêmes ingrédients thérapeutiques, et identifier quels ingrédients comptent pour qui est l’un des grands défis de la psychothérapie personnalisée.
Ce que cela signifie concrètement pour vous
Si vous êtes en thérapie actuellement, ou si vous envisagez de consulter, voici ce que cette recherche implique dans votre vie quotidienne :
- La relation n’est pas un bonus — c’est un ingrédient actif. Ne sous-estimez pas votre ressenti dans les premières séances. Si vous vous sentez écouté·e, compris·e, et que vous avez le sentiment de travailler ensemble vers un objectif commun, ce sont des signaux positifs — et pas seulement des signaux de « confort ». Ce sont des prédicteurs de résultats.
- Vous avez un rôle actif à jouer. L’alliance se co-construit. Exprimer vos préférences, signaler ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, formuler vos objectifs clairement — tout cela contribue directement à la qualité de la relation et donc aux résultats de la thérapie.
- Les moments difficiles dans la relation ne sont pas des signes d’échec. Si vous vivez un moment de tension, de déception ou d’incompréhension avec votre thérapeute, c’est peut-être le début de quelque chose d’important — à condition que vous en parliez et que votre thérapeute sache l’accueillir.
- Choisissez la personne autant que l’approche. Les données sont claires : le thérapeute individuel compte au moins autant que l’étiquette thérapeutique. Un·e excellent·e thérapeute TCC et un·e excellent·e thérapeute psychodynamique obtiendront probablement des résultats comparables. Un·e thérapeute médiocre avec la « bonne » approche fera moins bien qu’un·e thérapeute compétent·e avec une approche différente. Cela dit, le choix de la personne ne se substitue pas au choix d’une approche fondée sur des données probantes : c’est la combinaison des deux qui offre les meilleures garanties.
- La mesure d’efficacité joue un rôle important. Un·e thérapeute qui suit régulièrement vos progrès avec des outils standardisés n’est pas un·e technocrate froid·e — c’est quelqu’un qui prend la qualité de la relation et des résultats thérapeutiques suffisamment au sérieux pour ne pas se fier uniquement à son intuition.
Et si la relation elle-même est le problème ?
Pour certaines personnes, la difficulté à construire une alliance thérapeutique *est* le problème central — et l’un des apports les plus précieux de la thérapie. Si vous avez du mal à faire confiance, si vous avez tendance à vous retirer dès que quelqu’un s’approche trop près, si vous anticipez systématiquement le rejet ou le jugement — ces schémas vont probablement apparaître dans la relation thérapeutique. Et c’est une bonne chose. Pas parce que c’est agréable (ça ne l’est pas), mais parce que c’est l’occasion de travailler directement sur ces schémas, dans un espace suffisamment sécurisé pour que quelque chose de nouveau puisse se produire.
C’est l’une des forces des approches centrées sur l’attachement et des thérapies relationnelles : elles ne considèrent pas les difficultés relationnelles du patient comme un obstacle à la thérapie, mais comme le matériau même de la thérapie. Si votre thérapeute est capable de nommer avec bienveillance ce qui se passe (« J’ai l’impression que quelque chose se referme entre nous en ce moment — est-ce que vous le sentez aussi ? »), vous êtes peut-être au cœur d’un travail très utile pour vos relations en général.
En résumé
L’alliance thérapeutique — la confiance, la collaboration sur les objectifs, le lien affectif sécurisant — est l’un des prédicteurs les plus robustes et les plus constants des résultats thérapeutiques, toutes approches confondues. L’alliance n’est pas de la sympathie. C’est un processus de co-construction actif, qui implique un accord sur les objectifs, les méthodes, et un lien de confiance.
Les ruptures d’alliance ne sont pas des échecs : quand elles sont réparées, elles deviennent des moments thérapeutiques qui contribuent à construire de nouvelles compétences. Les effets “thérapeute” sont réels : la personne en face de vous compte au moins autant que l’approche thérapeutique, mais certaines approches thérapeutiques aident à développer une posture professionnelle qui vise la co-construction du cadre et des outils utiles pour le patient.
Vous avez un rôle actif à jouer. Exprimer vos préférences, signaler les tensions, donner du feedback — tout cela contribue directement aux résultats.
Le lien entre alliance et résultats thérapeutiques n’est pas encore entièrement expliqué sur le plan causal, et l’alliance ne remplace pas les techniques. L’humilité scientifique est de mise — mais les données sont suffisamment solides pour que vous preniez votre ressenti relationnel au sérieux : si quelque chose ne fonctionne pas dans la relation, c’est un signal qu’il faut adresser
## Références
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