Cet article ouvre la série « Thérapie, résilience et liens », publiée sur le blog de Solstice Psychologues. Une version courte en anglais est disponible sur Psychology Today.

Sophie a 34 ans, deux enfants, un travail exigeant dans la communication. Depuis plusieurs mois, elle se sent vidée : sommeil haché, ruminations, larmes qui montent sans prévenir, week-ends passés « en mode survie ». Son médecin généraliste lui dit : « Vous devriez consulter un psy. » Elle dit oui. Et puis… elle ouvre Google.

Psychologue, psychiatre, psychothérapeute, psychanalyste, psychopraticien, thérapeute holistique, coach de vie… En dix minutes, Sophie a vingt onglets ouverts et une seule certitude : elle ne sait pas par où commencer.

Si vous vous reconnaissez, vous n’êtes pas seul·e. En France, chercher un·e thérapeute est souvent confus, parfois décourageant — alors même que c’est une démarche importante. Nous écrivons ce guide pour une raison simple : quand on va mal, on mérite de comprendre ce qu’on choisit.

Idéalement, le choix d’un·e thérapeute devrait s’appuyer sur un diagnostic précis et une évaluation personnalisée des mécanismes qui maintiennent votre problème. C’est exactement ce que nous développons avec Entrelacs : une plateforme de mesure personnalisée qui combine intelligence artificielle et évaluation psychométrique pour affiner la compréhension de ce qui se passe pour vous et orienter plus précisément l’accompagnement. Mais en attendant que ce type d’outil soit largement disponible, que faire ? Ce guide vous donne les meilleurs repères que la recherche actuelle permet d’offrir.

La jungle des titres : ce qu’ils signifient vraiment

Le premier obstacle est terminologique. En France, certains titres sont protégés par la loi. D’autres non. L’essentiel à retenir avant de prendre rendez-vous : c’est moins le titre qui compte que la formation à une approche thérapeutique fondée sur les preuves — nous y revenons plus loin. Mais comprendre les titres vous permettra de poser les bonnes questions.

Titres protégés

Psychologue est un titre protégé par la loi depuis 1985. Il exige un Master (Bac+5) en psychologie dans une université reconnue, complété par un stage professionnel d’au moins 500 heures. Chaque psychologue peut être inscrit·e au Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) et dispose d’un numéro unique vérifiable sur annuaire.sante.fr.

Exception importante : certains psychologues ont été formés à l’étranger avec des diplômes solides et une grande expérience clinique, mais n’ont pas encore finalisé leur reconnaissance administrative en France. Le droit français prévoit explicitement la possibilité d’un diplôme étranger reconnu équivalent. Dans ces situations, vous pouvez demander le diplôme exact et vérifier que la personne ne s’attribue pas un titre protégé sans y être autorisée.

Psychiatre est un médecin (Bac+10) spécialisé en psychiatrie. C’est le seul professionnel de santé mentale habilité à prescrire des médicaments. Ses consultations sont remboursées par la Sécurité sociale. Un·e psychiatre peut aussi pratiquer la psychothérapie, mais ce n’est pas systématique — certain·e·s se concentrent sur le suivi médicamenteux. Il est légitime de demander quel type de suivi il/elle propose.

Psychothérapeute est un titre protégé depuis un décret de 2010 (Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010). Il exige une formation complémentaire en psychopathologie clinique (400 heures théoriques, 5 mois de stage pratique) pour ceux qui ne sont pas déjà psychologues ou psychiatres. Les psychologues et psychiatres peuvent utiliser ce titre sans formation supplémentaire. Toute personne portant ce titre doit être inscrite au registre tenu par l’Agence Régionale de Santé.

Titres non protégés

Psychanalyste n’est pas un titre protégé. N’importe qui peut s’en revendiquer. Beaucoup de psychanalystes sont aussi psychologues ou psychiatres. Mais un·e psychanalyste sans autre qualification n’a aucune obligation de formation universitaire ni d’inscription à un registre. Dans ce cas, demandez la formation spécifique et si la pratique s’appuie sur des données probantes.

Psychopraticien, thérapeute holistique, coach de vie, praticien en psychothérapie — ces titres ne sont soumis à aucune réglementation. Il n’existe aucun minimum de formation requis, aucun contrôle de l’État. Des milliers de personnes exercent sous ces appellations. Certaines sont compétentes et s’appuient sur des approches validées. D’autres n’ont suivi que quelques week-ends de formation. Le problème n’est pas que toutes soient incompétentes — c’est qu’il est impossible pour le public de faire la différence sans poser les bonnes questions.

Pourquoi c’est important

En France, le titre de psychothérapeute est protégé, mais la pratique de la psychothérapie ne l’est pas. N’importe qui peut légalement proposer des séances de « thérapie » tant qu’il ou elle n’utilise pas un titre réglementé. C’est un vide juridique réel, documenté de longue date, qui laisse la place à des pratiques allant du sérieux au franchement problématique.

Notre premier conseil est donc le plus simple : vérifiez les qualifications. Rendez-vous sur annuaire.sante.fr et cherchez le nom de la personne que vous envisagez de consulter. Si elle est psychologue, psychiatre ou psychothérapeute, elle y figurera avec un numéro RPPS. Mais la vérification du titre n’est qu’un premier filtre — la suite de ce guide vous donnera les questions à poser pour évaluer ce qui compte vraiment : l’approche utilisée, la capacité d’adaptation, et la qualité de la relation.

Ce que la recherche dit vraiment sur ce qui fonctionne en thérapie

Une fois que vous avez trouvé un·e professionnel·le qualifié·e, comment savoir si son approche a des chances de vous aider ? C’est là que les choses deviennent à la fois rassurantes et contre-intuitives.

La relation thérapeutique compte plus que vous ne le pensez

Depuis les années 1970, la recherche en psychothérapie a accumulé une masse considérable de données sur ce qui prédit les résultats thérapeutiques. Les travaux de Bruce Wampold, Michael Lambert et John Norcross convergent vers un constat : la qualité de la relation thérapeutique prédit les résultats de façon plus forte et plus constante que la technique spécifique utilisée.

On appelle parfois cela le « verdict du dodo » — en référence au personnage de Lewis Carroll qui déclare : « Tout le monde a gagné, et tous doivent recevoir des prix. » L’idée est que lorsqu’on compare des thérapies fondées sur des principes psychologiques reconnus et pratiquées par des thérapeutes formés, les différences de résultats entre elles sont souvent modestes. L’écart entre un·e bon·ne thérapeute et un·e thérapeute médiocre est bien plus grand que l’écart entre deux approches thérapeutiques différentes.

Ce que les synthèses de recherches nous montrent de façon concrète : l’alliance thérapeutique — la qualité du lien de confiance et de collaboration entre patient·e et thérapeute — prédit les résultats avec une taille d’effet substantielle, selon une synthèse portant sur 295 études et plus de 30 000 patients. L’empathie ressentie par le patient montre un effet similaire, tout comme l’accord sur les objectifs thérapeutiques. En comparaison, la différence entre deux modèles thérapeutiques fondés sur des pratiques reconnues dépasse rarement un effet beaucoup plus modeste.

La controverse du dodo bird et ce qu’elle nous apprend

Il faut être honnête : ce « verdict du dodo » est activement débattu dans la littérature scientifique. Certains chercheurs soutiennent qu’il sous-estime les différences entre thérapies pour des troubles spécifiques. D’autres rappellent qu’il s’agit de moyennes de groupe et que la réalité clinique est plus nuancée. C’est un débat scientifique légitime.

Mais voici ce qui est particulièrement important pour vous : même si ce débat continue, il met en lumière quelque chose de crucial. Les meilleurs thérapeutes ne sont pas ceux qui appliquent rigidement une méthode unique. Ce sont ceux qui savent évaluer précisément ce qui se passe pour vous, adapter leur approche en fonction de vos besoins spécifiques, et changer de stratégie si les progrès stagnent. En d’autres termes, un bon diagnostic initial et une capacité d’adaptation continue comptent plus que l’étiquette de l’approche thérapeutique.

C’est exactement ce que montre la recherche sur l’« effet thérapeute » : les résultats varient considérablement d’un thérapeute à l’autre, même au sein d’une même approche. Les caractéristiques individuelles du thérapeute — sa capacité à créer une alliance, à adapter son approche, à gérer les tensions relationnelles — ont un impact substantiel sur les résultats. Les meilleurs thérapeutes sont environ deux fois plus efficaces que les moins bons, indépendamment de l’approche utilisée.

Dit simplement : vous ne choisissez pas seulement une thérapie, vous choisissez une capacité d’évaluation et d’adaptation caractérisée par un certain nombre de compétences essentielles à la thérapie.

Deux nuances importantes

Les personnes sont hétérogènes. La plupart des études comparent des approches en moyenne, sur des groupes. Or les personnes réagissent différemment aux mêmes interventions. Si l’évaluation initiale est imprécise, même une bonne méthode peut sembler décevante — non parce qu’elle est inefficace, mais parce qu’elle n’était pas adaptée à vos besoins spécifiques.

Relation et techniques : des mesures différentes. Les chiffres sur la relation thérapeutique proviennent d’études observationnelles — on mesure ce qui se passe pendant la thérapie. Les comparaisons entre approches viennent d’essais randomisés — comme on compare deux médicaments. C’est un peu comme comparer la chaleur d’une relation médecin-patient avec l’efficacité d’un traitement : les deux comptent, mais on ne les mesure pas de la même façon. L’humilité scientifique est de mise — mais les données sont suffisamment solides pour prendre votre ressenti relationnel au sérieux.

Les techniques comptent, mais différemment de ce qu’on croit

Tout cela ne veut pas dire que les techniques ne comptent pas. Certaines approches ont des preuves particulièrement solides pour des problèmes spécifiques :

Ces correspondances existent et elles importent. Mais elles importent moins que ce que la plupart des gens croient, et moins que la capacité du ou de la thérapeute à créer un espace relationnel sécurisant, à s’adapter à vos besoins, et à évaluer régulièrement si la thérapie avance.

La flexibilité thérapeutique comme facteur clé

Rebecca a consacré une partie importante de ses recherches à la question de la flexibilité psychologique — cette capacité à adapter ses réponses en fonction du contexte plutôt que de réagir de façon rigide. Ce que cette recherche montre, c’est que la même logique s’applique au processus thérapeutique lui-même : un·e bon·ne thérapeute n’est pas quelqu’un qui applique une méthode de façon rigide, mais quelqu’un qui ajuste son approche en fonction de ce qui se passe pour vous, en ce moment.

Hans, de son côté, étudie depuis des années le fait que les personnes ne répondent pas de manière identique aux mêmes interventions. Pour certaines, la pleine conscience est exactement ce qu’il faut. Pour d’autres, ce sont les liens sociaux, le soutien émotionnel, ou un travail sur l’attachement qui fait la différence.

La conclusion est la même : il n’existe pas une seule bonne thérapie, mais un processus d’ajustement entre vos besoins, votre profil, et l’approche de votre thérapeute.

Comment trouver un·e thérapeute capable de s’adapter : les questions à poser

Si la relation thérapeutique est le facteur le plus important, et que l’ajustement à vos besoins spécifiques est central, alors la première séance n’est pas un simple « premier rendez-vous » — c’est une évaluation mutuelle. Vous avez le droit — et nous dirions même le devoir envers vous-même — de poser des questions.

Sur l’approche thérapeutique et la capacité d’adaptation

Question que vous pouvez poser : « Quelle approche thérapeutique utilisez-vous, et comment décidez-vous de ce qui convient à chaque personne ? »

Vous n’avez pas besoin de devenir expert·e des courants thérapeutiques. Mais un·e thérapeute devrait pouvoir vous expliquer en termes simples ce qu’il ou elle fait et pourquoi, et démontrer que l’approche s’appuie sur des données scientifiques.

Réponses indiquant une formation fondée sur les données de la recherche :

  • « Je travaille principalement avec une approche cognitivo-comportementale, ce qui signifie que nous examinerons ensemble vos pensées et vos comportements pour identifier des schémas que nous pourrons modifier. Cette approche a des preuves solides pour l’anxiété et la dépression. »
  • « J’utilise une approche intégrative informée par la recherche : je commence par une évaluation approfondie, puis je propose des stratégies adaptées à votre situation spécifique. »

Réponses préoccupantes :

  • « Je fais un peu de tout » (sans pouvoir expliquer comment il/elle choisit ni sur quelle base scientifique)
  • « Les études scientifiques ne capturent pas ce que je fais » (refus des approches fondées sur les données probantes)
  • « Je suis le seul à faire cette approche » (signal de grandiosité)

Question de suivi essentielle : « Comment saurez-vous si l’approche que vous proposez fonctionne pour moi ? Et que ferez-vous si ce n’est pas le cas ? »

Cette question révèle si le/la thérapeute a une logique de réflexivité et d’adaptation. Un·e bon·ne thérapeute dira quelque chose comme : « Nous ferons régulièrement le point ensemble, et j’utilise aussi des questionnaires pour suivre votre évolution. Si après quelques semaines vous ne sentez pas de mouvement, nous pourrons revoir la direction adoptée et/ou envisager une orientation vers un·e collègue. »

Sur la formation, le cadre, et les approches fondées sur les preuves

Question que vous pouvez poser : « Quelle est votre formation et votre qualification en thérapie ? Votre approche est-elle fondée sur les preuves scientifiques ? Puis-je vérifier votre numéro RPPS ? »

Un·e thérapeute qui répond avec clarté et transparence à ces questions envoie un premier signal positif. Vous cherchez un Master en psychologie (pour un·e psychologue), un diplôme de médecine avec spécialisation (pour un·e psychiatre), ou une inscription vérifiable comme psychothérapeute.

Si la personne évoque des formations privées sans ancrage universitaire, ou si elle porte un titre non protégé, demandez : La formation est-elle équivalente ou supérieure à un Master en psychologie (Bac+5 avec stage supervisé) ? L’approche utilisée s’appuie-t-elle sur des données de recherche ? Comment évaluez-vous l’efficacité de votre travail ? Un·e professionnel·le compétent·e répondra sans être sur la défensive.

Si la personne porte un titre protégé, la demande du numéro RPPS est parfaitement légitime. Si elle hésite ou ne peut pas répondre, c’est probablement qu’elle n’a pas un titre de psychothérapeute.

Sur la mesure des progrès

Question que vous pouvez poser : « Comment mesurez-vous si la thérapie fonctionne ? »

C’est peut-être la question la plus importante — et la moins souvent posée. La recherche de Michael Lambert a démontré que le simple fait de mesurer les progrès des patient·e·s avec des outils standardisés améliore significativement les résultats, en particulier pour les personnes qui ne progressent pas comme prévu.

Un·e thérapeute qui utilise régulièrement des questionnaires brefs pour évaluer votre état n’est pas un·e technocrate froid·e — c’est quelqu’un qui prend la qualité des soins suffisamment au sérieux pour ne pas se fier uniquement à son intuition.

  • Réponse indiquant une formation fondée sur les données de la recherche  : « J’utilise des questionnaires courts au début et régulièrement pendant le suivi pour suivre votre évolution. Cela nous permet d’ajuster si nécessaire. »
  • Réponse préoccupante : « Je n’ai pas besoin d’outils, je sens comment vous allez. »

Sur la durée et les objectifs

Question que vous pouvez poser : « Combien de séances dois-je prévoir, et comment saurons-nous que c’est le moment d’arrêter ? »

Un·e thérapeute devrait pouvoir vous donner un ordre de grandeur et des critères de fin de traitement. Une thérapie sans horizon ni objectifs vérifiables mérite une discussion franche — et vous devriez être encore plus vigilant·e sur la mesure régulière des progrès.

Réponses indiquant une formation fondée sur les données de la recherche :

  • « Pour le type de difficultés que vous décrivez, nous parlons généralement de 10 à 20 séances, mais nous évaluerons régulièrement. »
  • « L’objectif serait que vous vous sentiez capable de gérer [situation X] de façon autonome, et que les symptômes qui vous amènent soient significativement réduits. »

Réponse préoccupante : « La thérapie est un long chemin, on ne peut pas prévoir. » (sans jamais préciser de balises).

Une thérapie sans horizon ni objectifs vérifiables n’est pas nécessairement mauvaise, mais elle mérite une discussion franche — et vous devriez être encore plus vigilant sur la mesure régulière des progrès.

Comment construire une bonne alliance thérapeutique : votre part active

La recherche montre que l’alliance thérapeutique n’est pas quelque chose qui “arrive” passivementc’est quelque chose qui se construit activement, des deux côtés. Voici ce que vous pouvez faire pour maximiser vos chances de créer une bonne relation de travail :

Dès les premières séances

Exprimez vos préférences et vos réticences. La recherche sur la « responsiveness » (réactivité thérapeutique) montre que les thérapeutes obtiennent de meilleurs résultats quand ils adaptent leur style aux préférences du patient. Si vous n’aimez pas qu’on vous donne des conseils directs, dites-le. Si vous préférez des exercices concrets plutôt que de longues explorations verbales, signalez-le. Un·e bon·ne thérapeute accueillera ces informations comme des données utiles, pas comme une critique.

Clarifiez vos objectifs. La recherche montre que l’accord sur les objectifs thérapeutiques est l’un des plus forts prédicteurs de succès. Prenez le temps de formuler clairement ce que vous voulez changer. « Je veux aller mieux » est trop vague. « Je veux pouvoir sortir de chez moi sans anxiété » ou « Je veux retrouver du plaisir dans mon travail » sont des objectifs sur lesquels vous pouvez travailler ensemble.

Signalez rapidement si quelque chose ne va pas. Si vous vous sentez jugé·e, mal compris·e, ou si quelque chose dans l’approche vous met mal à l’aise, dites-le dès que possible. Les meilleures alliances thérapeutiques sont celles qui passent par des « ruptures et réparations » — des moments où la relation est mise à l’épreuve, puis consolidée par une discussion honnête.

Pendant le processus

Donnez du feedback régulier. Des études montrent que les patient·e·s qui donnent régulièrement du feedback sur leur ressenti (« Cette séance m’a aidée » ou « Je me sens découragé·e cette semaine ») permettent au thérapeute d’ajuster plus finement.

Soyez honnête sur ce que vous faites entre les séances. Si le/la thérapeute vous propose des exercices à faire chez vous et que vous ne les faites pas, dites-le. Ce n’est pas un échec — c’est une information clinique. Peut-être que les exercices sont trop difficiles, mal adaptés, ou que vous avez besoin d’un autre type de soutien. Un·e bon·ne thérapeute utilisera cette information pour ajuster, pas pour vous culpabiliser.

Les signes d’une bonne alliance thérapeutique en construction

Vous savez que l’alliance se construit bien quand :

  • Vous vous sentez écouté·e et respecté·e, même quand vous exprimez des désaccords
  • Vous pouvez parler de ce qui ne fonctionne pas sans craindre d’être jugé·e
  • Vous avez le sentiment que le/la thérapeute « vous comprend » dans vos spécificités
  • Vous sentez que vous travaillez ensemble vers un but commun
  • Vous remarquez des changements concrets dans votre vie, même petits

Et quand ça ne marche pas ?

Il arrive qu’une thérapie ne fonctionne pas. Ce n’est ni un échec personnel ni une preuve que la thérapie en général est inefficace. Souvent, c’est une question de manque d’ajustement.

La recherche montre de façon robuste que la réponse précoce au traitement — dans les quatre premières semaines — est un indicateur fiable des résultats à long terme. Cela ne signifie pas que vous devriez vous sentir guéri·e après un mois. Mais si, après quelques séances, vous ne sentez aucun mouvement — pas même une meilleure compréhension de ce qui se passe pour vous, ou un sentiment d’être entendu·e — c’est un signal qui mérite d’être pris au sérieux.

La bonne réaction n’est pas de tout arrêter (les personnes qui abandonnent la thérapie sans alternative ont des résultats significativement moins bons). C’est d’en parler avec votre thérapeute. Un·e bon·ne professionnel·le accueillera cette conversation. Il ou elle pourra ajuster son approche, vous orienter vers un·e collègue plus adapté·e, ou explorer avec vous ce qui bloque.

Si cette conversation elle-même n’est pas possible — si votre thérapeute est sur la défensive, vous culpabilise, ou refuse d’aborder le sujet — c’est un signal clair qu’il est temps de chercher quelqu’un d’autre.

Changer de thérapeute n’est pas un échec. C’est une décision fondée sur les preuves.

Le paysage français est en train de changer — mais lentement

La France a fait des progrès significatifs ces dernières années. Le dispositif « Mon soutien psy » permet désormais jusqu’à 12 séances par an chez un·e psychologue conventionné·e, avec un remboursement à 60% par l’Assurance Maladie (règles spécifiques en Alsace-Moselle où le remboursement peut être plus élevé). C’est une amélioration importante par rapport à la situation antérieure où aucun remboursement n’existait. Cependant, soyons clairs sur les limites : le tarif de référence (50€ la séance) ne couvre souvent pas les coûts réels de consultation, ce qui explique que de nombreux psychologues ne participent pas au dispositif car ils ne peuvent pas se permettre de travailler à ce tarif. De plus, 12 séances restent insuffisantes pour beaucoup de problèmes nécessitant un travail thérapeutique de fond. C’est un pas dans la bonne direction, mais il reste du chemin à parcourir.

La santé mentale a été déclarée Grande Cause Nationale en 2025, prolongée en 2026. Le débat public sur le bien-être psychologique est plus ouvert qu’il ne l’a jamais été.

Mais des défis profonds persistent. Selon différentes sources, environ 30 à 40% des postes de psychiatres hospitaliers seraient vacants. La Cour des comptes a documenté une baisse de 34% du nombre de pédopsychiatres entre 2010 et 2022. Et surtout, l’absence de réglementation de la pratique de la psychothérapie laisse des brèches importantes dans la protection des patient·e·s.

C’est pour cela que nous écrivons cette série. Pas pour dire aux gens ce qu’ils doivent penser de la thérapie, mais pour leur donner les outils de compréhension dont ils ont besoin pour faire des choix éclairés. La recherche existe. Elle est riche, nuancée, parfois surprenante. Elle mérite d’être partagée avec les personnes qu’elle concerne le plus.

En résumé

Si vous envisagez de consulter un·e thérapeute en France, voici ce que la recherche nous permet de vous dire :

  1. Vérifiez les qualifications sur annuaire.sante.fr. C’est non négociable. Si la personne n’y figure pas, exigez une transparence totale sur la formation et demandez si elle est équivalente ou supérieure à un Master en psychologie clinique.
  2. Demandez explicitement si l’approche est fondée sur les preuves scientifiques (evidence-based). Un·e thérapeute sérieux·se pourra vous expliquer sur quelle recherche son approche s’appuie et comment il/elle évalue l’efficacité de son travail.
  3. La qualité de la relation thérapeutique — la confiance, l’empathie, la collaboration sur les objectifs — est le facteur le plus robuste pour prédire si la thérapie va vous aider.
  4. Plus que le nom de l’approche, c’est la personne en face de vous qui compte, et surtout sa capacité à évaluer, adapter et réévaluer.
  5. Posez des questions. Un·e thérapeute compétent·e non seulement acceptera vos questions, mais les accueillera comme un signe de votre engagement. Si vous ne pouvez pas poser de questions simples sur la formation, l’approche fondée sur les preuves, la durée prévisible, et comment on saura que ça fonctionne, ce n’est pas la bonne personne.
  6. Attendez-vous à observer un mouvement dans les quatre premières semaines. Si rien ne bouge après 4-6 séances, parlez-en. Un·e bon·ne thérapeute accueillera cette conversation.
  7. Ne restez pas dans une thérapie qui ne vous convient pas par loyauté ou par culpabilité. Trouver le bon ajustement est un processus, pas un coup de chance.
  8. Privilégiez l’humilité scientifique. Méfiez-vous des promesses garanties. Valorisez les professionnel·le·s qui reconnaissent les limites de ce que nous savons, qui mesurent leurs résultats, et qui ajustent leur pratique en fonction.

Et surtout : le fait de chercher de l’aide est en soi un acte de courage et de lucidité. Vous méritez que cette aide soit à la hauteur de votre démarche.

Checklist pratique pour votre premier rendez-vous

Avant le premier rendez-vous :

  • J’ai vérifié le titre exact affiché (psychologue / psychiatre / psychothérapeute / autre)
  • J’ai cherché la personne sur annuaire.sante.fr pour vérifier son inscription (quand applicable)
  • Si la personne n’y figure pas : j’ai demandé la formation exacte et si elle est équivalente ou supérieure à un Master en psychologie clinique (Bac+5 avec stage supervisé)
  • J’ai noté mes objectifs principaux pour cette thérapie

À poser lors de la première séance :

  • « Quelle est votre formation et votre qualification ? Avez-vous un numéro RPPS ? » (ou « Quelle est votre formation exacte et est-elle équivalente à un Master en psychologie ? » si pas de RPPS)
  • « Votre approche est-elle fondée sur les preuves scientifiques ? Sur quelle recherche s’appuie-t-elle ? »
  • « Comment faites-vous l’évaluation du problème au début ? »
  • « Comment choisissez-vous vos outils et stratégies selon mon problème ? »
  • « Comment saurons-nous que ça marche ? Comment mesurez-vous les progrès ? »
  • « Que se passera-t-il si je ne progresse pas comme prévu ? »
  • « Combien de séances dois-je prévoir approximativement ? »

À prendre en compte pendant les premières séances :

  • Je me sens écouté·e, respecté·e, et je comprends le cadre
  • Le/la thérapeute peut expliquer clairement sa démarche et la base scientifique de son approche
  • Je peux exprimer mes préférences et mes réticences sans jugement
  • On peut parler d’ajustement si quelque chose ne fonctionne pas
  • Il n’y a pas de promesses garanties ni d’incitation à abandonner des soins médicaux
  • Les objectifs sont clairs et nous les révisons ensemble
  • Le/la thérapeute utilise des outils de mesure des progrès (questionnaires, échelles)

Signal pour réévaluer (après 4-6 séances) :

  • Je ne sens aucun mouvement ou changement (ni meilleure compréhension, ni changement dans mes symptômes, ni sentiment d’être entendu·e)

Il est temps d’en parler avec le/la thérapeute

References

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Norcross, J. C., & Wampold, B. E. (Eds.). (2019). Psychotherapy Relationships That Work: Evidence-Based Responsiveness (3rd ed.). Oxford University Press.

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Wampold, B. E. (2015). How important are the common factors in psychotherapy? World Psychiatry, 14(3), 270–277.

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Author

Dr Rebecca Shankland

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