Un soutien insuffisant peut transformer une évolution de carrière en véritable isolement.
Points clés
- Les transitions professionnelles sans accompagnement adéquat provoquent de la solitude, même entouré de collègues.
- L’isolement au travail déforme notre perception et nous rend aveugles à l’aide disponible.
- Le langage que nous utilisons masque souvent la solitude derrière des plaintes liées à la charge de travail, laissant le vrai problème sans réponse.
- La reconnexion à soi, rendue possible par la vulnérabilité, libère la productivité et la créativité.
Un lecteur nous a écrit un message qui illustre parfaitement un schéma récurrent : « J’ai été promu à un poste de direction. Sur le papier, c’était une opportunité incroyable, mais elle s’est rapidement transformée en cauchemar lorsque la formation s’est révélée insuffisante et que le soutien a disparu. » En trois mois, ce professionnel pourtant compétent remettait toute sa carrière en question, et cette solitude a fini par déborder sur sa vie personnelle : partenaire, famille, amis.
Le tournant est venu lorsqu’il a cherché de l’aide via le programme d’assistance aux employés, a consulté son médecin généraliste et a enfin trouvé les mots pour nommer ce qu’il vivait. Aujourd’hui, il parle de liens d’équipe renforcés, de créativité retrouvée et de clarté d’esprit. Son histoire illustre à la fois les dégâts causés par la solitude au travail et la puissance de la reconnexion pour guérir.
Quand le soutien s’évapore
Mon ami et collègue Phil McAuliffe, fondateur de HUMANS:CONNECTING, a immédiatement reconnu le schéma, fort de ses années dans la fonction publique : « On dirait qu’on vous a jeté à l’eau : coulez ou nagez », a-t-il observé. La formation se limitait sans doute à quelques conversations éparses ou à des documents obsolètes, accompagnés du fameux « n’hésitez pas à poser des questions » alors qu’en début de poste, on ne sait même pas encore quoi demander.
Phil explique la suite : « Cet état de confusion constant crée le doute, et ce doute enfle. Il se transforme peu à peu en autocritique, jusqu’à ce que vous finissiez par vous demander si vous méritez vraiment votre poste. »
C’est là que le discours intérieur devient toxique. Notre lecteur raconte : « J’ai sollicité mon supérieur, mais j’ai reçu peu ou pas de soutien. Cela a nourri une voix intérieure qui me disait que j’étais le problème et que je ne méritais pas le poste qu’on m’avait confié. »
La réponse de Phil est directe : « Le manque de soutien vient d’eux, pas de vous. Ce que vous ne méritiez pas, c’est d’être laissé seul. C’est une distinction essentielle. »
Quand la solitude déforme la perception
La recherche explique pourquoi cette expérience est si douloureuse. Quand nous nous sentons déconnectés, notre lentille cognitive change. Nous interprétons des signaux neutres voire bienveillants comme du désintérêt ou du rejet, ce qui renforce notre retrait.
Le lecteur confie avoir été « aveugle à la volonté d’aider de mes collègues, car je croyais sincèrement être seul dans cette situation ».
Ce schéma correspond à ce que le neuroscientifique et psychologue Jim Coan décrit dans sa “Social Baseline Theory” : notre cerveau a évolué pour supposer que des personnes de confiance sont proches de nous. Lorsque cette attente est trahie, notre système nerveux s’emballe. Tout devient plus difficile cognitivement et émotionnellement. Pas au sens figuré : au sens neurologique.
Dans les études de Coan, les participants confrontés à une menace légère tout en tenant la main d’un proche présentaient une activité cérébrale réduite dans les zones liées à la peur et à l’effort. Autrement dit : quand quelqu’un est là pour nous, le monde semble plus sûr et notre esprit fonctionne mieux. Le retour de la clarté et de la créativité de notre lecteur après s’être reconnecté à ses collègues n’a rien de miraculeux, c’est simplement son cerveau retrouvant son équilibre social naturel.
Le pouvoir des mots
Phil insiste sur un point essentiel : « Voilà toute la force du langage de la solitude. On n’en parle pas, car on ne sait pas quels mots employer. Les gens expriment souvent leur mal-être à travers un vocabulaire plus “acceptable” pour leur organisation : charge de travail, manque de ressources, problèmes logistiques… mais jamais la solitude, qui reste invisible.
Une fois que notre lecteur a su mettre des mots sur ce qu’il vivait, tout a changé : « Ils ont été incroyables et m’ont rapidement aidé à retrouver le plaisir de travailler », écrit-il. L’équipe de direction était prête à l’aider depuis le début mais la solitude l’avait convaincu du contraire.
Phil appelle cela le “superpouvoir” de la solitude : « Elle nous persuade que nous sommes les seuls à ressentir cela, et que personne ne comprendrait même si nous essayons d’expliquer. »
Cette illusion nous enferme encore plus, nourrissant le sentiment d’isolement.
Ce que les organisations réussissent… ou pas
Même si je reste prudent quant à la capacité des entreprises à évaluer l’efficacité réelle des interventions contre la solitude au travail (les méta-analyses montrent des résultats très variables et des biais de publication importants), cette entreprise a fait une chose fondamentale : elle avait les bonnes structures en place un programme d’assistance, un accès à des conseillers, un manager réactif.
Ces dispositifs ne règlent pas tout, mais ils comptent.
Le véritable défi consiste à activer ces soutiens avant qu’une personne n’atteigne le point de rupture. Peu de gens admettent se sentir seuls. Beaucoup ne s’en rendent même pas compte avant que les choses ne se dégradent. Les entreprises peuvent pourtant agir en amont : faire un suivi après les changements de poste, normaliser les hauts et les bas émotionnels et intégrer des moments de connexion humaine dans les routines d’équipe non pas comme un contrôle, mais comme un acte de bienveillance.
Ce que cela signifie pour vous
Si vous traversez une situation similaire, sachez que la solitude se manifeste souvent dans les moments de transition qu’ils soient majeurs (deuil, séparation, déménagement) ou plus subtils (changement de poste, nouvelle mission). Reconnaître cela permet d’anticiper et de mieux réagir.
Les conseils de Phil pour retrouver l’équilibre :
- Reconnaissez votre discours intérieur. Vous méritez votre poste. Ce que vous ne méritez pas, c’est d’avoir été laissé sans soutien.
- Nommez ce qui se passe. Mettez des mots sur votre expérience de déconnexion, pas seulement sur vos symptômes de surcharge.
- Exprimez vos besoins avec clarté. Dites que vous avez besoin de lien et de soutien, pas seulement d’aide sur les tâches.
- Soyez indulgent avec vous-même. Vous n’étiez pas “aveugle” volontairement ; c’est la solitude qui a faussé votre perception.
- Remarquez la transformation. Quand la connexion revient, observez comment votre clarté, votre créativité et votre courage reviennent avec elle.
Aller de l’avant
Notre lecteur conclut avec des mots empreints de joie et de fluidité : « Les conversations avec certains collègues sont désormais beaucoup plus profondes. La productivité s’est améliorée. La créativité est revenue. Je n’ai plus peur d’essayer de nouvelles choses ou de proposer des approches différentes. »
Cela nous rappelle que la solitude au travail n’est pas un échec personnel, mais un signal : un besoin de connexion. Comme Phil l’a appris au fil de sa propre carrière, la productivité et le bien-être ne s’opposent pas : ils se nourrissent mutuellement.
Quand les gens se sentent réellement vus, écoutés et valorisés, ils apportent plus de créativité, de résilience et d’engagement.
Nous sommes très doués pour nous persuader que nous sommes le problème. Mais souvent, ce dont nous avons besoin connexion, soutien et sérénité se trouve juste de l’autre côté du courage : dans le simple geste de demander de l’aide.
Il s’agit d’une version de our Humans:Connecting content in which Phil provides his heartfelt advice, and I look into the science of social connection.
Références
Voici une version de notre contenu Humans:Connecting dans laquelle Phil partage ses conseils sincères, et moi, j’explore la science de la connexion sociale.
Avez-vous vécu une transition de carrière qui vous a laissé(e) avec un sentiment d’isolement ?
Phil et moi proposons un accompagnement personnalisé à travers Humans:Connecting, où nous allions la sagesse du vécu et la science comportementale pour aider à surmonter la solitude et créer des liens authentiques.
Si vous souhaitez partager votre histoire avec nous, vous pouvez le faire ici.

